Trouble de la personnalité borderline, DSM V - Alain Tortosa

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Trouble de la personnalité borderline, DSM V

Trouble borderline

Le Manuel Diagnostique et Statistique des troubles mentaux (DSM) créé par l'association américaine de psychiatrie a évolué au fil du temps.
A partir du DSM 3 il a intégré 2 axes, 2 catégories si vous préférez pour ranger les troubles psys.

L'objectif des 2 axes étaient de séparer les troubles mentaux.
D'un côté les troubles psy qui pouvaient être isolés ou transitoires comme la dépression ou les troubles anxieux.
De l'autre des troubles qui touchaient plus à la structure de l'individu comme les troubles de la personnalité ou le retard mental

Naturellement le trouble borderline fut classé dans l'axe 2 en tant que trouble de la personnalité.

A noter qu'il existait aussi les axes 3, 4 et 5  que certains avaient tendance à «  oublier  »  :
L’axe 3 concerne les affections médicales «  classiques  ».
L’axe 4 concerne les problèmes psychosociaux et environnementaux.
L’axe 5 s’intéresse au long terme et l’évaluation du fonctionnement.

L'année 2013 sonne l'arrivée du DSM 5.
Le DSM V a décidé de supprimer les axes.
Il s’intéresse à la notion de durée et d'intensité pour qualifier un trouble psy qui pourra être léger ou profond par exemple.
Ainsi selon la durée et l'intensité un deuil pourra être qualifié de dépression.

Guerres de «  religion  » et axes.
Il existe plusieurs guerres de religions en psychiatrie, les psychologues contre les psychiatres, les psychanalystes contre les cognitiviste,...
La création et la suppression des axes relèvent probablement plus des guerres de religion que de la volonté de classifier et détecter les souffrances mentales pour proposer le soin le plus humain et le plus efficace.

Un des intérêts de l'axe 2 était de séparer ce qui était plus de l'ordre du symptôme ou de la maladie de ce qui relevait plus de la structure même de l'individu et de sa personnalité.

Dans le cas d'un trouble de la personnalité borderline, il était ainsi possible de voir dans une dépression de l'axe 1, un des symptômes d'un trouble de la personnalité borderline de l'axe 2.
Ce qui me semble tout à fait logique et pertinent.
Dans ce cadre, ne traiter que la dépression (symptôme) chez un patient souffrant de trouble borderline ne serait qu'une vision à court terme et donc peu efficace.

Dans ce cadre la notion d'axe 2 et de trouble de la personnalité me semble bien pertinente et indispensable.

Mais un des problèmes fut le suivant  :

La création de l'axe 2 a permis de mettre en lumière les troubles de la personnalités et notamment le trouble borderline qui pouvait être largement ignoré.

L'effet pervers fut que de nombreux thérapeutes décidèrent que les troubles de la personnalité, relevant donc de la «  personnalité  », ne pouvaient se soigner.
C'est ainsi qu'en France, il est plus que difficile de se faire soigner pour un trouble de la personnalité borderline.
Certains psys refusent ces patients «  perdus  » ou ne traitent chez eux leur dépression ou leurs angoisse sans s'attaquer au fond du problème, le trouble de la personnalité borderline.

En mettant les troubles de la personnalité dans l'axe 1 (en fait en supprimant les axes), le DSM 5 ne met plus à part les troubles de la personnalité mais en revanche les diluent dans la masse de tous les troubles.

Notons que l'industrie pharmaceutique ne s'est jamais réjouie de l'existence des troubles de la personnalité.
Vous ne verrez jamais, sauf escroquerie flagrante soutenue par un personnel politique, une pilule pour traiter un trouble de la personnalité borderline.
Et pour cause  !
Les molécules s'attaquent à des symptômes et c'est pour cela qu'il existe des antidépresseurs visant à réduire les symptômes d'une dépression ou des anxiolytiques visant à réduire les symptômes d'un trouble anxieux.
Tout ceci ne s'attaque pas au fond du problème et permet de réaliser des bénéfices colossaux en prescrivant des médicaments à vie.

Je ne dis pas que les molécules en psychiatrie sont inutiles. Elles peuvent permettre de réduire des souffrances et même de sauver des vies mais elles ne sont que béquilles alors qu'il faut réparer une fracture.

Je n'entrerai pas ici dans la notion d'obligation de diagnostic psy que j'ai développé dans une autre page

Le trouble de la personnalité borderline dans la première mouture du DSM 5.


Notons que dans ce premier jet, plusieurs troubles de la personnalité disparaissaient pour en retenir que 6 si je ne m'abuse.

Les nouveaux critères des troubles de la personnalité et du  trouble borderline étaient  désarçonnant et éloignés des définitions précédentes.

Ce qui pourrait poser un très gros problème si les populations ciblées par les 2 définitions d'un trouble borderline n’étaient pas exactement les mêmes (problème pour comparer des études publiées avant et après).

Ce fut un tel tollé que l’équipe du DSM a décidé de reléguer ces nouvelles définitions dans la section  III page 761 «  modèles alternatifs pour les troubles de la personnalité  »

Ainsi en page 766 du DSM, voici la définition «  alternative  » du trouble borderline.

Critères diagnostics alternatifs du trouble borderline DSM 5 :

A. Déficits significatifs dans le fonctionnement de la personnalité, se manifestant par :  

1. Déficits dans le fonctionnement personnel (a ou b) :

a. Identité : Image de soi appauvrie de façon marquée, peu développée ou instable, souvent associée à une autocritique excessive, à des sentiments chroniques de vide
et à des états dissociatifs sous l’influence du stress.

b. Autodétermination :
Instabilité dans les buts, les aspirations, les valeurs et les plans de carrière.

ET

2. Déficits dans le fonctionnement interpersonnel (a ou b) :

a. Empathie : Incapacité de reconnaître les sentiments et besoins d’autrui, en lien avec une hypersensibilité personnelle (c.-à-d., prêts à se sentir blessé ou insulté); perceptions d’autrui sélectivement biaisées qui tendent principalement vers des attributs négatifs.

b.Intimité : Relations proches intenses, instables et conflictuelles, marquées par un manque de confiance, des besoins affectifs excessifs et des préoccupations anxieuses concernant un abandon réel ou imaginé; relations proches souvent extrêmes, soit idéalisées, soit dévalorisées, alternant entre implication excessive et retrait.  


B. Traits de personnalité pathologiques dans les domaines suivants :

1Affectivité négative, caractérisée par :

a. Labilité émotionnelle : Expériences émotionnelles instables et changements d’humeur fréquents; des émotions facilement et intensément suscitées, hors de proportion avec les événements et les circonstances.  

b. Tendance anxieuse : Sentiments intenses de nervosité, tension ou panique, souvent en réaction à des stress interpersonnels; préoccupations par les effets négatifs des expériences antérieures déplaisantes et des éventualités futures négatives; sentiments de peur, appréhensions, ou menacé par l’incertitude; peur de perdre le contrôle ou de s’effondrer.   

c. Insécurité face à la séparation : Peur d’être rejeté par des personnes
significatives, en lien avec des craintes de dépendance excessive et de
perte complète d’autonomie.  

d. Dépression : Sentiments fréquents d’être au plus bas, misérable, sans
espoir, difficulté à se remettre de tels états d’âme, pessimisme à propos du
futur, sentiment envahissant de honte; sentiment d’infériorité; pensées ou comportements suicidaires.  

2 Désinhibition, caractérisée par :

a. Impulsivité : Agit dans l’impulsion du moment en réponse à un stimulus
immédiat; agit sur le moment sans plan ou considération des
conséquences; difficulté à établir et suivre des plans; vécu d’urgence et des
comportements autodestructeurs dans les situations de détresse
émotionnelle.  

b. Prise de risque : Engagement dans des activités dangereuses, risquées et potentiellement auto-dommageables, inutilement et sans égard aux conséquences ; manque de considération pour les limitations personnelles et en déni face au danger personnel.

3Antagonisme, caractérisé par :

a.Hostilité : Sentiments de colère persistants ou fréquents; colère ou irritabilité en réponse à des insultes et des affronts mineurs.


C. Les troubles dans le fonctionnement de la personnalité et l'expression des traits de personnalité de l'individu sont relativement stables dans le temps et réguliers d'une situation à l'autre.

D. Les troubles dans le fonctionnement de la personnalité et l'expression des traits de personnalité de l'individu ne sont pas mieux compris comme normatif pour les stades de développement de l'individu ou de l'environnement socio-culturel.

E. Les troubles dans le fonctionnement de la personnalité et l'expression des traits de personnalité de l'individu ne sont pas seulement causés par les effets psychologiques direct de substances (ex, abus de drogue, médicaments) ou un condition médicale générale (ex traumatisme crânien sévère).


DSM V  : Retour à la définition d'un trouble de la personnalité borderline sur les critères du DSM 4.

1 Efforts effrénés pour éviter les abandons réels ou imaginés. (Ne pas inclure les comportements suicidaires ou d'automutilation couverts dans le point n°5)

2 Mode de relations interpersonnelles instables et intenses caractérisées par l'alternance entre les positions extrêmes d'idéalisation excessive et de dévalorisation.

3 Perturbation de l'identité: instabilité marquée et persistante de l'image ou de la notion de soi.

4 Impulsivité dans au moins deux domaines potentiellement dommageables pour le sujet (p. ex.., dépenses, sexualité, toxicomanie, conduite automobile dangereuse, crises de boulimie). (Ne pas inclure les comportements suicidaires ou d'automutilation couverts dans le point n°5)

5 Répétition de comportements, de gestes ou de menaces suicidaires, ou d'automutilations.

6 Instabilité affective due à une réactivité marquée de l'humeur (p. ex., dysphorie épisodique intense, irritabilité ou anxiété durant habituellement quelques heures et rarement plus de quelques jours).

7 Sentiments chroniques de vide.

8 Colères intenses et inappropriées ou difficulté à contrôler sa colère (p. ex., fréquentes manifestations de mauvaise humeur, colère constante ou bagarres répétées).

9 Survenue transitoire dans des situations de stress d'une idéation persécutoire ou de symptômes dissociatifs sévères.

J'imagine assez mal une nouvelle révolution dans les prochaines années notamment au regards de plusieurs milliers d’études publiées sur le sujet.

Critères diagnostics DSM IV du trouble de la personnalité borderline.


Merci
Alain Tortosa.

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